Aujourd’hui dans le monde où l’on vit, pour exister il faut être dans le spectacle, c’est la condition dans laquelle on vit. Tout est spectacle, n’importe quelle image dans un magazine, une exposition… et d’autre part dans le monde, on trouve ce que l’on appelle « le quotidien », qui est un terrain vivant, mouvant, un terrain où les gens inventent de multiples choses et essaient de résister à cette logique implacable de consommation, dont le spectacle est l’incarnation.
Dans la biennale, l’idée est d’utiliser « le spectacle » pour mettre le «spot ligth» sur ce monde invisible du quotidien où des choses se créent chaque jour.
la Biennale est construite selon un modèle qui intègre plusieurs dimensions, parce que le thème recouvre plusieurs facettes. J’ai donc organisé la Biennale selon 5 piliers qui se retrouvent facilement au fil de l’exposition.
Quand vous allez découvrir Le spectacle du quotidien, vous allez explorer « La Magie des Choses », qui vous propose le travail d’artistes qui modifient des objets, des situations du quotidien en de nouveaux horizons esthétiques et posent ainsi des questions d’ordre social, historique et politique. « L’Eloge de la dérive » s’intéresse aux artistes qui interviennent dans l’espace urbain et créent des formes artistiques qui résistent à l’ordre et aux contraintes spatiales.
« Vivons ensemble » explore le dialogue entre la ville et les communautés qui l’habitent, alors que « Un autre monde est possible » reçoit la parole d’artistes qui examinent la réalité de façon critique et imaginent de nouveaux ordres sociaux parfois utopiques.
Très proche de ce dernier pilier, il existe un projet qui s’appelle « Veduta » et qui inverse la proposition habituelle de l’art. Au lieu de faire venir le public voir des œuvres d’art, on fait aller les œuvres d’art vers le public et ce dans des quartiers en renouvellement urbain. Veduta, c’est en réalité la Biennale près des gens, chez eux. En proposant des expériences inédites autour de l’art contemporain, on essaie de nouer un dialogue, de parler d’art ou de tout simplement le regarder.
Pour résumer le projet artistique de la dixième édition de la Biennale de Lyon, voici ce qui est dit sur http://www.biennaledelyon.com/ :
Nous vivons dans la société du spectacle. Malgré les effets aliénants qu’elle a sur notre vie et sur nos liens sociaux, elle est une des conditions les plus fondamentales de notre existence. Nous percevons le monde et communiquons entre nous par le spectacle -un système de production et de représentation d’images dominé par la logique du capitalisme de marché, qui tend à « développer » nos facultés de perception, d’imagination et de réflexion afin d’en faire un « modèle unidimensionnel » formaté par le langage de l’idéologie consumériste.
Après avoir été à la Sucrière et au Musée d’art contemporain, les oeuvres qui m’ont le plus interpelées sont présentées ainsi :

Adrian Paci – Per Speculum, 2006
L’oeuvre d’Adrian Paci est une installation complète, qui inclut le projecteur et ses cliquetis – lesquels viennent perturber la bande-son – jusqu’au faisceau lumineux qui se rejoue dans les images. Celles-ci représentent des enfants qui s’emparent de morceaux de miroirs pour évoluer ensuite dans un paysage pastoral. En latin, » Per Speculum » signifie » de l’autre côté du miroir » ; ce miroir, entre les mains des jeunes acteurs, devient source lumineuse et transperce littéralement l’écran de projection jusqu’à fondre ses reflets dans le faisceau du projecteur. L’illusion cinématique déjà complexe devient alors parfaite : la luxuriance des décors, la tourmente d’un jeu qui tourne à la panique, les branches de l’arbre sur lesquelles les enfants viennent se percher, la fragmentation et la reconstitution des images à travers le verre brisé du miroir concourent à la création d’une ambiance méditative nourrie des grands mythes et de la peinture classique.

Shilpa Gupta – Sans titre, 2009
Une grille ouvragée s’ouvre et se ferme sur 180 degrés selon un rythme pour le moins rapide. Elle vient buter le mur situé de part et d’autre de son parcours jusqu’à le détruire. Comme une métaphore de l’enfermement, l’oeuvre de Shilpa Gupta cherche par tous les moyens à briser ses liens pour se frayer coûte que coûte un passage à travers les murs à 360 degrés, soit deux fois sa capacité de mouvement normal. Un portail dont le mouvement incessant contraint le spectateur à se déplacer lui aussi s’il veut échapper à ses coups de boutoir. De l’ordre au chaos, de la logique à la dérision, de la sécurité au désordre, de l’enfermement à la liberté, les oeuvres de Shilpa Gupta portent un regard troublant sur les avancées technologiques de notre monde. D’origine indienne, l’artiste analyse aussi bien le flottement de la frontière de son pays sur une carte que les serpentins des files d’attente des grandes métropoles et sonde ainsi à travers ses oeuvres l’imaginaire et le désir humains.

Oliver Ressler - What is Democracy ?, 2007-2009
« Qu’est-ce que la démocratie ? » Est-ce un idéal politique que des millions de gens des pays en émergence cherchent à atteindre ou n’est-elle plus qu’un concept vague destiné à maintenir tant bien que mal un certain ordre social ? Les huit écrans qui composent l’installation de Ressler donnent une réponse complexe, faite d’opinion différentes, de propositions critiques et de mises en perspectives. Les propos qui résultent des interviews formulent des propositions multiples pour que l’idéal démocratique perdure, se charge d’un sens renouvelé et ne devienne pas une coquille vide.

Sarah Sze – Portable Planetarium, 2009
Elle crée des sculptures éphémères liées à un lieu précis. Elles sont construites avec des milliers de petits objets de la vie courante, assemblés en des formes à la fois maîtrisées et irrationnelles. Créant des réseaux de sens et d’associations impossibles, échelles, plumes, tiges, ciseaux ou morceaux de polystyrène s’élancent dans l’espace et l’envahissent totalement pour constituer une vaste sphère. Chaque objet appartient à un tout : dans une théorie du chaos chaque fois reformulée, les oeuvres de Sze forment un mélange de hasard et d’équilibre fragile qui déconstruit l’espace autant qu’il crée des mondes possibles. Un étrange écosystème, à la manière d’un cycle de transformation et de recyclage, de croissance et de mort : les installations de l’artiste incorporent les contingences de l’instant et du site (le mouvement de l’air, l’orchestration du poids des objets ou les couleurs qui se fanent) ; une fois l’exposition finie, l’oeuvre de Sze est démontée et ses matériaux sont conservés pour une réutilisation future dans une nouvelle sculpture.

Wong Hoy Cheong – Days of our Lives, 2009
Pour la Biennale, Wong Hoy Cheong se rend à Lyon avec l’intention de donner une image des » jours de nos vies « . C’est au Musée des beaux-arts de Lyon qu’il découvre dans les peintures de la collection des images très » françaises » qu’il souhaite immortaliser pour leur valeur emblématique. Il choisit donc des oeuvres qui s’attachent à des situations domestiques : la préparation d’un repas, la lecture, la détente, la pauvreté ou la guerre. Ces scènes, peintes au passé, sont évidemment toujours d’actualité ; elles ont même contribué à façonner ce qu’il convient d’appeler » l’esprit français « . Alors que les personnages qui peuplent les peintures du Musée sont évidemment d’origine européenne, la réalité de ce siècle a radicalement changé la donne. Les photographies créées par Wong Hoy Cheong reprennent ces activités quotidiennes avec des modèles issus cette fois d’origines diverses. » L’esprit français » des peintures d’un autre temps s’éloigne ainsi au profit d’un » esprit français » d’un nouveau genre, celui d’un pays qui accepterait enfin de se voir tel qu’il est : multiple.